Alors, les Brahma Kumaris sont-ils une secte dangereuse ou une organisation inoffensive ?

Mike George: Et bien cela dépend de la manière dont vous voyez les Brahma Kumaris, de la façon dont vous choisissez de percevoir ce mouvement. On a tendance à oublier que la perception est un choix. Si l’on n’en est pas bien conscient, une perception peut facilement devenir une projection ! Dans l’expression “secte dangereuse”, il y a deux perceptions qui, toutes deux, projettent un éclairage négatif. Ce sont des projections basées sur la peur. Mais prenons un moment pour examiner le mot “secte”. De nos jours on l’utilise beaucoup pour signifier “partisan entièrement dévolu”. On parle par exemple d’un film qui fait des adeptes, de séries télé qui font des adeptes ou de certains groupes de musique qui ont des adeptes, au sens d’engouement “sectaire”, de dévotion. En ce sens on pourrait dire que les Brahma Kumaris sont une “secte”, puisqu’il y existe un groupe de gens dans le monde qui suivent les enseignements et les idées prônés par les Brahma Kumaris.

Oui, mais vous savez bien que cela va beaucoup plus loin !

MG: Si vous voulez dire par là : est-ce qu’il existe des gens qui se sont fait endoctriner, je dirais que cela ne fait aucune différence avec le culte du matérialisme, ou le culte d’un parti politique, ou le fait de suivre aveuglément un gourou financier dont les croyances et idéologies sont adulées de certains et considérées comme dangereuses par d’autres.

Ce que l’on a tendance à oublier, lorsque l’on emploie le mot secte, c’est que personne n’a dit : vous “devez” y croire, vous “devez” accepter, vous “devez” suivre.
C’est vous-mêmes qui regardez, voyez, écoutez, faites le choix de ce à quoi vous voulez croire. Personne ne peut le faire pour vous. C’est votre choix. Il est bien évident que certaines personnes croient plus vite, plus facilement, plus profondément, avec plus d’enthousiasme que d’autres. Ce qui confirme juste que nous sommes tous différents et tous libres de choisir ce en quoi nous croyons. Ce qui se passe, c’est que certaines personnes, une fois qu’elles commencent à s’impliquer dans un mouvement, oublient que leurs actes et leurs croyances sont leur propre choix. Alors elles commencent à projeter sur le mouvement un ressentiment basé sur l’illusion qu’elles “sont obligés” de faire, croire, suivre. Elles n’ont pas encore réalisé, ou alors elles l’ont oublié, que nul ne peut les contrôler !

Sans doute, mais n’y a-t-il pas danger dans le simple fait de croire ou suivre ?

MG: Dit comme cela, on pourrait en conclure qu’il y a danger à suivre et croire à peu près n’importe quoi ! C’est sûr que si vous êtes un adepte du culte et des croyances du matérialisme, vous êtes en grand danger… de perdre pas mal d’argent et de manquer de place dans vos placards à force d’acheter des choses dont vous n’avez nul besoin ! Il a bien fallu qu’à un certain moment, vous vous soyez vous mêmes convaincu, un moment où vous avez “cru” que vous en aviez besoin ou que vous “vouliez” toutes ces choses. Si par exemple vous suivez la “secte” de votre équipe de foot, vous pouvez également courir un danger, au mieux de perdre un temps précieux, au pire de vous retrouver mêlé à une énorme bagarre de supporters. Bien sûr, pour vous en tant qu’adepte, vous n’aurez pas la sensation de perdre votre temps. Donc, c’est finalement toujours votre choix et mon opinion sur vos choix a bien peu d’importance. Sauf si, pour vous faire une opinion de vous-mêmes, vous êtes dépendant de mes jugements sur vous et sur vos croyances !

Imaginez deux amis qui partent faire du saut à l’élastique. L’un est un novice et l’autre a déjà sauté des centaines de fois. Le novice voit la chose, vit la chose avec une peur atroce. Il est persuadé que c’est l’acte le plus dangereux qu’il ait jamais accompli. Celui qui a l’habitude ne voit aucun danger. Il est déjà passé par là de nombreuses fois. Chacun d’eux a donc une perception complètement différente du même saut. Dans la vie, chacun de nous perçoit chaque chose différemment. Sinon c’est que nous serions tous des clones ! Donc quelle perception est la plus juste ? Celle du novice ou celle du chevronné ?

Voici un intéressant paradoxe ! Lorsque quelqu’un montre du doigt un groupe en criant “Attention, c’est une secte dangereuse qui utilise la peur pour vous laver le cerveau et vous contrôler !”, remarquez comme cette personne essaie elle-même de vous faire peur pour contrôler vos perceptions et vos comportements. Alors peut-être est-il plus sage de “faire attention” à ceux qui crient “faites attention” !”

Vous-mêmes pensez-vous que les Brahma Kumaris soient une secte ?

MG: Les gens ont tendance à percevoir et étiqueter un groupe comme une secte quand il y a quelque chose qu’ils n’aiment pas dans ce groupe. C’est un terme qui reflète une désapprobation personnelle. Il est très rare de trouver quelqu’un faisant lui-même partie du groupe et le qualifiant de secte, car le mot a une connotation négative. Il est cependant vrai que les Brahma Kumaris ont parfois des comportements qui pourraient être qualifiés de sectaire. Nous y reviendrons.

Accuser un groupe d’être une secte signifie généralement que vous trouvez quelque chose de répréhensible dans leur comportement. Mais la portée et la nature de ce jugement varient d’une personne à l’autre, en fonction de sa propre perception ou de son contexte culturel. Par exemple l’Eglise Catholique est considérée comme une secte en Russie et les Quakers une secte en Belgique…

Il y a ensuite ceux qui pensent que l’on peut reconnaître les critères qui font d’un mouvement une secte, et notamment ses différences avec d’autres groupes ou communautés. Cela va de comportements criminels à des comportements asociaux, du lavage de cerveau à la domination, de l’intrigue politique à la manipulation financière, des croyances dites hérétiques à la perversion sexuelle. Et pourtant, tous ces critères attribués aux sectes, on peut facilement les retrouver aussi bien dans les religions traditionnelles que le monde politique ou le monde des affaires.

Cela ne veut pas dire que de tels comportements déviants n’existent pas dans certaines organisations. C’est le cas pour certaines, mais pour beaucoup, ce n’est pas le cas. Mieux vaut donc être prudent et ne pas porter de jugements hâtifs ou généraliser. Il est plus intéressant d’observer personnellement de près le groupe ou le mouvement concerné, pour s’en faire une opinion personnelle précise. Ceci prend du temps et de l’énergie et, bien sûr, il faut avoir envie de le faire, ce qui n’est pas le cas de tout le monde. La plupart n’explorent pas par eux-mêmes et préfèrent prendre pour acquis ce que les autres disent. Alors ils se laissent effrayer. C’est comme si ils suivaient aveuglément ceux qui utilisent le mot “secte” comme une accusation. C’est ainsi que les anti-sectes endossent davantage le rôle de secte que les “sectes” sur lesquelles ils veulent nous mettre en garde !

Diriez-vous que le mot secte fait référence à quelque chose de négatif ou que c’est juste un terme descriptif ?

MG: Cela dépend de la façon dont vous utilisez le mot : en tant que description ou en tant qu’accusation ? S’il s’agit d’une accusation, la connotation est négative et c’est une forme d’attaque, ce qui est bien souvent le cas lorsqu’il est utilisé dans un contexte religieux ou spirituel. Ce qui est sans doute motivé par le fait que les personnes qui en parlent ainsi ont peut-être fait partie de ce mouvement et l’ont ensuite quitté à cause d’une expérience négative. Ou bien elles considèrent les enseignements ou les croyances de ce mouvement comme une menace envers leurs propres valeurs et croyances. Cela veut juste dire que leur ego se base sur un attachement à leur propre système de valeurs et c’est ce qui motive leur accusation. Je ne dis pas que c’est bien ou mal, je dis juste que c’est ainsi. Ce qui veut dire qu’elles doivent encore travailler sur cet ego qui semble diriger leur vie. Dans un contexte spirituel, comme c’est par exemple le cas pour les Brahma Kumaris, toute l’éthique des BKs consiste à aider les gens à se libérer de l’habitude de créer et nourrir l’égo. Ils considèrent l’égo comme la graine de toutes les souffrances, de tout le stress.

Il y a pourtant sûrement des Brahma Kumaris qui ont encore pas mal d’ego, non ?

MG: Bien sûr ! C’est d’ailleurs pourquoi ils sont là ! Ils réalisent petit à petit comment l’ego et tous ses dérivés, tels que la colère et l’avidité, la luxure et l’attachement, ont fini par submerger leur conscience. Ils sont justement là pour faire le travail intérieur de se libérer de telles souffrances. Ce n’est pas spécifique aux BKs. Tout chemin spirituel authentique explore ce territoire où l’ego est reconnu comme “la grande erreur spirituelle”. Mais une telle libération ne se fait pas en un jour. Parfois elle n’est même pas totale au bout de 30 ou 40 ans de pratique ! Il arrive aussi que lorsqu’on commence un chemin spirituel, l’ego se manifeste encore plus fortement pendant un temps. Parfois l’ego se transpose dans le contexte spirituel et prend juste une forme plus subtile. Donc, s’il vous arrive d’entrer dans un mouvement spirituel, mieux vaut vous éveiller rapidement, c’est à dire réaliser le travail que vous avez à faire sur vous pour vous libérer de tous les attachements qui sous tendent votre ego. Mais chacun s’éveille à sa propre vitesse…

Quand vous reconnaissez vraiment votre ego et la souffrance que vous vous causez, vous commencez naturellement à discerner comment l’ego des autres peut influer sur la dynamique du groupe et à quel point il le fait vraiment.

Tout comme Rome ne s’est pas fait en un jour, l’ego ne peut se dissoudre en une nuit. S’éveiller ne veut pas dire essayer de changer les autres Quand on entend les cris et les accusations des “anti sectes”, c’est vraiment le signe qu’ils pensent que c’est aux autres de changer, ce qui est juste une manifestation de leur propre ego. Cela veut dire qu’ils créent leur propre souffrance et la projettent sous forme d’accusation et de critique sur ce qu’ils perçoivent comme étant une “secte”. Mais qu’on se considère “à l’intérieur du mouvement” ou “en dehors de la secte”, ce qui compte c’est que chacun réalise ce qu’il doit bonifier en lui.

Mike George*) Mike George est à la fois consultant, coach, auteur et formateur.
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