Et si l’effondrement, qui semble inévitable, était un geste naturel du temps, un signal pour nous inciter à retrouver la nature originelle de l’esprit humain toute de paix, de générosité, de respect, d’égalité et de bonheur ?

Nous vivons une époque de transition où l’on peut voir à l’œuvre, d’une part une énergie ascendante nourrie de conscience positive et créative et, d’autre part, une énergie descendante mise en évidence par l’écroulement des systèmes humains et de la nature. La loi naturelle de l’entropie, seconde loi de la thermodynamique, décrit la dispersion de l’énergie dans un système
Le déclin de la qualité de vie est inévitable, elle est liée à la pléthore de crises dans le monde : crises sociales, environnementales, politiques et physiques. Un déclin correspondant est à l’œuvre dans l’âme, tandis que de plus en plus de gens cherchent à s’emplir de bonheur, d’amour et/ou de paix par diverses méthodes ou pratiques religieuses.

L’un des enseignements clé de l’Université spirituelle des Brahma Kumaris porte sur la réalité du changement cyclique. Le temps y est vu comme le mouvement éternel de cycles qui se répètent. Tant les âmes que la matière doivent passer par ces cycles, c’est naturel. Comme le suggère la loi de l’entropie, la perte de conscience est parvenue à un extrême. Et cet extrême déclenche une grande transformation, au moment où le cycle de la culture humaine passe d’un système dysfonctionnel, endommagé, désintégré, à un système fondé sur l’équilibre et l’harmonie. D’un âge de fer à un âge d’or : un cycle de culture humaine commençant par un âge de vérité et de paix totales nommé âge d’or, pour passer ensuite à un âge d’argent, un âge de cuivre, et parvenant pour finir à un âge de fer, âge de totale corruption. C’est dans cet âge que nous nous situons actuellement.

Le cycle du temps

Cette idée d’un temps cyclique n’est pas nouvelle. Les Anciens Grecs et Romains parlaient d’un cycle des âges qui se répétait. Le poète romain Ovide (43 avant JC – 17/18 après JC) a parlé dans les “ Métamorphoses” des quatre âges de la civilisation humaine. “C’était l’âge d’or qui, sans coercition, sans recours à des textes de lois, nourrissait le bon et le vrai. On ne connaissait ni la crainte ni les supplices ; des lois menaçantes n’étaient point gravées sur des tables d’airain ; on ne voyait pas des coupables tremblants redouter les regards de leurs juges. Tous vivaient en sécurité sans même la protection des magistrats… Les pins abattus sur les montagnes n’avaient pas encore été transportés par le courant des rivières jusque dans des pays inconnus ; les êtres humains ne connaissaient que les rivages qui les avaient vus naître. Les cités n’étaient défendues ni par de profonds fossés ni par des remparts. On ignorait la trompette guerrière et l’airain courbé du clairon, le casque et l’épée. Et ce n’étaient pas les soldats et les armes qui assuraient le repos des nations. La terre elle-même, sans être sollicitée par le soc de la charrue, produisait tout d’elle-même…”
Il est intéressant de noter que la paix, l’équilibre et le respect dans lesquels vivait la race humaine à cette époque, n’abattant même aucun arbre, a eu un impact sur la nature qui, disait on, prodiguait librement et abondamment ses fruits.

L’écrivain grec Hésiode, dans “ Les Travaux et les Jours”, a décrit également les quatre âges en leur ajoutant un âge des héros. Pour Ovide comme pour Hésiode, la conscience et le comportement humains furent à leur apogée à l’Age d’or, et atteignirent leur plus grande dégradation à l’Age de fer. 

Hésiode le Grec qui était en fait un fermier, parle de 5 âges. A la différence d’Ovide, il inclut l’âge des héros qu’il place après l’âge d’argent. Cet âge héroïque n’était pas associé à un métal particulier comme c’était le cas pour les quatre autres âges. Il était caractérisé par des qualités de courage exceptionnel et de noblesse.

La description que fait Hésiode de l’âge de Fer est similaire à celle d’Ovide :

“… « …Plût aux dieux que je ne vécusse pas au milieu de la cinquième génération ! Que ne suis-je mort avant ! que ne puis-je naître après ! Car c’est une race de fer qui règne maintenant. Les hommes ne cesseront ni de travailler et de souffrir pendant le jour ni de se corrompre pendant la nuit…

Les hommes déshonoreront leurs parents en grandissant et les enfants mépriseront la vieillesse de leurs parents. Ils les accableront d’injurieux reproches sans redouter la vengeance divine.

On ne respectera ni la foi des serments, ni la justice, ni la vertu ; on honorera de préférence l’homme vicieux et insolent ; l’équité et la pudeur ne seront plus en usage ; L’Envie au visage odieux, ce monstre qui répand la calomnie et se réjouit du mal, poursuivra sans relâche les hommes infortunés…. »

Alors, Aidos (déesse de la modestie et du respect) et Dike (l’esprit de l’ordre moral et de l’équité), enveloppant leurs corps gracieux de leurs robes blanches, s’envoleront vers les célestes tribus et abandonneront les humains ; il ne restera plus aux mortels que les chagrins dévorants, et leurs maux seront irrémédiables… »

Ces descriptions d’un âge d’Or ont inspiré l’idée de l’utopie que l’on trouve chez de nombreux auteurs et observateurs de la société en Europe, comme par exemple chez le socialiste anglais du 19e siècle, William Morris. L’existence d’une époque de perfection sur terre semble profondément ancrée dans la psyché humaine. On retrouve cette croyance en un Paradis dans les Vedas indiens ou dans les écritures juive, chrétienne et musulmane. On le retrouve également dans les idées religieuses de peuples indigènes et de diverses tribus telles que les Hopis en Amérique qui eux aussi croyaient en l’existence de quatre âges, chacun caractérisé par une couleur représentant l’état de l’humanité.

Les anciens Egyptiens croyaient en un Paradis. Après la mort, l’esprit d’un individu devait passer sept tests avant d’entrer au Paradis où, devant le dieu Osiris, il devait rendre compte de son comportement sur terre. Si tout se passait bien, l’individu était transféré dans les “Champs de Papyrus » (Aaru), reflet de la terre où l’on trouvait également ciel, rivières et champs ; mais tous étaient purs et parfaits. 

Dans la Chine ancienne, la grande déesse mère Xi Wang Mu, Reine Mère de l’Ouest, vivait sur le Mont Kunlun. Elle était connue au Japon sous le nom de Seibo. Son domaine était un paradis parfait, complet, avec tout le nécessaire. Dans son jardin poussaient des arbres chargés des pêches de l’immortalité. Tous les 1000 ans ou tous les 3000 ans dit-on parfois, Xi Wang Mu servait des pêches aux dieux pour renouveler leur immortalité. Parfois la déesse rendait immortels les humains qu’elle en jugeait dignes, en leur servant ces mêmes pêches.

Revenons maintenant à Ovide et à sa description du Paradis, l’âge d’Or, si semblable à celui d’Hésiode. L’âge d’Or équivaut au Paradis et l’âge de fer équivaut à l’enfer. Tous deux existent sur terre, à des époques différentes. L’enfer est une réalité créée par les gens. Des objectifs égoïstes et une mauvaise communication entraînent inévitablement des dysfonctionnements à différents niveaux, notamment émotionnel, mental, économique, social, politique, religieux, environnemental. L’Enfer est un état d’entropie créé par une conscience exacerbée du moi. C’est la conséquence inévitable de cette sorte d’état d’esprit.

Le fait qu’Hésiode ait dit souhaiter être né après l’effroyable race de fer indique le retour de quelque chose de meilleur. Cette idée d’un retour à l’utopie, à une époque de pureté, se retrouve dans de nombreuses cultures. Dans la Grèce ancienne et à Rome, comme aussi dans la philosophie Védique de l’Inde, on connaissait cette idée de la répétition des différents âges : un retour du paradis sur terre, un âge d’or de prospérité survenant après une époque de chaos et de brutalité.

A suivre…

 

Anthony Strano*) Professeur de littérature anglaise, conférencier international, Anthony Strano, australien d’origine, coordonnait les activités BK en Grèce. Il est décédé le 25 juillet 2014
Cet article a été publié sur Huffington Post (version longue en anglais)

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